Fragments 2/3

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Ceux qui voulaient voir les frontières se fermer sont plus que jamais convaincus de la nécessité du repli sur soi. Ceux qui se méfiaient du politique sont plus que jamais écœurés des gouvernants. Plus que jamais, ceux qui  militent pour la croissance estiment qu’il faut soutenir la reprise économique.
Certains pointent qu’une crise sanitaire peut donner naissance à un monstre autoritaire, contre lequel le cheval rapide et puissant, l’épée magique et l’armure ignifuge ne suffiront pas.
Par moment, j’ai peur du monde d’après.

A quoi reconnait-on un vrai joggeur (qui a le droit de courir sans se faire engueuler) ?
Facile : à ses baskets de joggeur ! (entendu à la radio).
Donc, le coureur du dimanche, s’il a de vraies baskets de joggeur est un vrai joggeur.

Nous sommes atteints d’un mal étrange : nous bégayons, peinons à trouver la juste formule, nos phrases sont hésitantes et tordues. Les mots aussi s’échappent.

Quotidien confiné, vie déboussolée.
On peut perdre le nord dans l’immobilité.

C’est dimanche, je vais courir.

Les rues sont livrées aux livreurs, dont les scooters vrombissent et fument et pétaradent, occupant tout l’espace. Certains font une pause sous les tilleuls de la place. Puis ils se pressent, récupèrent une pizza, un kébab ou des nems qu’ils fourguent dans leur coffre d’un geste brusque et précis. Enfin, ils enfourchent leur engin et se ruent, moteur hurlant, quelque part.

Dans un vase, des pierres,
Cailloux glanés sur les sentiers,
Cueillis sur une plage de galets,
Souvenirs de rosée et de vent salé.

J’ai souri à cette nouvelle journée,
(Encore) désherbé les graviers,
Parlé à des écrans, couru dans la cuisine.

Et puis j’ai dansé avec les mouches,
Dîné sous la douche,

Applaudi ma voisine,
Aboyé contre un chien,
Fait des pompes, dans la cuisine,
Chanté dans mon téléphone,
Regardé un livre, lu un écran,
Je ne sais plus,
Tout est confus.

Encore raté mon pain.

Pendant ce temps suspendu, je découvre un monde intérieur, le mien. Je suis capable de ralentir. Je me nourris de lectures et de mots, d’envies et de frustrations. En tendant l’oreille, j’entends mon corps parler, besoin de douceur et de mouvement.
Je peux alors choisir ce qui est bon pour moi. Loin du regard des autres, je m’autorise à être moi. Je me sens libre.

L’odeur suave de la rose,
Pour éviter qu’on l’oublie,
En face, la pivoine rougit,
Et sous le laurier, timidement,
Trois brins de muguet.

Peu à peu lâcher prise,
Trainer, flâner paresser,
Laisser le temps filer ;
Puis tout à coup s’y raccrocher.
C’est déjà l’heure du diner !                                   Lire la suite

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